Quand la peur gagne le coeur

Les événements traumatiques de nos vies nous amènent à vivre avec la peur. Mais de quoi parle-t-on vraiment lorsque l’on a traversé un événement traumatique s’agissant de la peur ?

Un événement traumatique est une situation vécue au cours de laquelle une personne a ressenti une menace pour sa vie, un danger pour son intégrité physique. C’est un événement de vie qui marque un avant et un après. Avant il y a qui on était et, après, « je suis morte ».

J’ai nombre de mes patients qui me le disent ainsi. Ce jour là, je suis mort et j’ai recommencé à vivre à telle date ou telle période.

Alors, quoi de plus naturel que notre coeur soit gagné par la peur ?

La peur, elle s’insinue partout, elle vient comme assombrir notre coeur et nous rappeler ce que l’on a vécu. Et si jamais ça recommence ? Et si jamais je suis de nouveau victime ?

Voici ce qui résonne de manière lancinante et insupportable dans la tête de personnes et d’enfants ayant été traumatisés. Et si demain, ça recommence, je fais quoi ? Autant que je disparaisse tout de suite ?

Je n’arrive pas à contrôler ma peur, je n’arrive plus à me raisonner, je n’arrête pas d’y penser, ça revient, ça ne cesse de m’envahir. Quand je me promène dans la rue, ça me fait peur. Si je croise un homme, ça me fait peur. Si j’entends le téléphone sonner, je suis en panique… et si j’étais maudite ? Condamnée à revivre cela encore ? Et si mon Coeur ne pouvait plus jamais aimé à cause de cela ? Et si ma vie restait coincée en enfer ? Je me sens devenir fou. J’ai des envies de passages à l’acte, de détruire, de me détruire.

Voici ce que vit une personne qui a traversé des blessures de l’intime, qui a été traumatisée dans son intime. Et la difficulté de ces blessures d’abord corporelles c’est que la vie nous rappelle sans cesse à elles car notre âme s’est incarnée dans un corps.

Alors, il va falloir prendre sur soi, se dire que ça va passer même si on a l’impression qu’au fond de nous, tous ces efforts ne serviront à rien tant notre vie a été gâchée, à un moment donné. Mais, prendre sur soi, est-ce vraiment possible ? En réalité, c’est quasi mission impossible. C’est plus fort que nous. On n’a pas de contrôle sur ces peurs qui nous envahissent et c’est justement ça la mémoire traumatique, doublée d’une mémoire traumatique corporelle.

Pourtant, nous disposons en nous de ressources précieux. Notre corps précieux peut au sens littéral du terme véritablement nous aider à sortir de nos peurs. Pour cela, il faudra le mobiliser dans un cadre adapté, favoriser ses mouvements spontanés.

Grâce à cela, tout à coup, notre système nerveux se remettra un peu plus en mouvement. Lors de chacune de mes consultations, j’ai cette première approche psycho-corporelle indispensable, celle de la somatic experiencing, de la résolution physiologique des psychotraumatismes. Et, cela agit en nous presque d’une manière magique. Vous sentez comme un soulagement en vous. C’est palpable, identifiable. Ça y est, ça a basculé. Enfin, ça commence !

Vous vous sentez plus solide, vous ressentez de l’apaisement. Que s’est-il passé ? Vous n’avez rien compris, seulement regardé durant un certain temps quelque chose qui vous était agréable, constaté les ressentis agréables dans votre corps, fait quelques mouvements corporels … Vous êtes sur votre chemin de guérison, vous pouvez être fier de vous !

Votre corps a repris ses marques. Il se réhabilite. Et, votre Coeur doucement se met à croire qu’il n’y a pas que la peur après tout cela.

Ce sentiment d’apaisement s’installe un peu plus à mesure que les séances progressent et c’est votre vie qui bascule de nouveau. Ça y est, vous venez de comprendre ce qui vient de se passer. Vous accédez à une nouvelle compréhension de vous même : votre corps a été programmé pour survivre, même au pire et, il y a, en lui, toutes les ressources pour tout surmonter.

Le jour de l’événement votre Coeur n’a pas lâché, ce n’était pas pour rien. C’était un indice de votre capacité à tout traverser, à tout transformer. Rien que pour la vie, rien que pour votre vie. Pour attendre ce jour, où devant un miroir, les yeux dans les yeux, vous vous reconnectez à vous-même et vous vous dites « je me suis sauvée, j’existe! »

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