Dissociation, décorporation : quand l’âme se réfugie

Il n’est pas rare que lorsque quelqu’un traverse des blessures de l’intime, il ou elle aille se réfugier au dehors.

C’est ce qu’on appelle la dissociation. Le Dr Muriel Salmona nous parle en parle en termes scientifiques. Elle nous explique :

Les blessures de l’intime ont « un effet de sidération du psychisme qui va paralyser la personne, l’empêcher de réagir de façon adaptée, et empêcher le cortex cérébral de contrôler l’intensité de la réaction de stress et sa production d’adrénaline et de cortisol. Un stress extrême, véritable tempête émotionnelle, envahit alors l’organisme et – parce qu’il représente un risque vital pour l’organisme par atteinte du cœur et du cerveau par l’excès d’adrénaline et de cortisol – déclenche des mécanismes neurobiologiques de sauvegarde qui ont pour effet de faire disjoncter le circuit émotionnel, et d’entraîner une anesthésie émotionnelle et physique en produisant des drogues dures morphine et kétamine-like. L’anesthésie émotionnelle génère un état dissociatif avec un sentiment d’étrangeté, de déconnexion et de dépersonnalisation, comme si la personne devenait spectatrice de la situation puisqu’elle la perçoit sans émotion. »

Cet état de dissociation nous permet donc de traverser un événement traumatique sans que notre Coeur ne s’arrête de battre. Cela nous permet de ne plus trop ressentir dans notre corps les souffrances endurées.

D’une certaine manière, l’âme a pu se réfugier en un lieu sûr, protecteur. Elle ne peut pas être atteinte. C’est comme préserver cette petite lumière de vie en nous qui jamais ne pourra s’éteindre.

Dans certaines situations, les personnes peuvent également aller jusqu’à la décorporation. Elles se voient subissant les blessures de l’intime mais elles se sont réfugiées en dehors de leur corps. Elles peuvent être au dessus de leur corps, au plafond, tout-à-côté et voir la scène comme de l’extérieur.

Et, il n’y a pas que les personnes qui ont subi des des blessures de l’intime à qui cela peut arriver. Peuvent traverser cet état toute personne, y compris les enfants ayant traversé une épreuve traumatique plus ou moins intense.

Dans sa thèse de médecine le Dr Judith Trinquart nous rappelle plusieurs définitions des troubles du schéma corporel et de l’image corporelle. Elle nous explique que la décorporalisation peut être « provoquée par la nécessité de s’adapter à un contexte d’effractions corporelles répétées et régulières, ou imposant un vécu d’instrumentalisation extrême du corps de l’individu ». Grâce à sa thèse, elle démontre comment la décorporalisation dans la pratique prostitutionnelle est un obstacle majeur à l’accès aux soins.

Allons plus loin encore.

Après les épisodes d’événements traumatiques, l’âme peut continuer à se dissocier, à se décorporer. Dès que le corps sera en état de souffrance, que le Coeur aura besoin de se protéger, la personne pourra déployer ces mêmes mécanismes.

Cela pourra la conduire à moins ressentir, à moins respirer, à se cogner aux meubles plus souvent, à se sentir comme anesthésiée, il en faudra beaucoup pour sentir la douleur, que le corps a mal.

D’une certaine manière, la personne sera là et en même temps absente. Elle pourra paraître toujours souriante mais son esprit, sa conscience, son âme, ne sera plus présente. T’es avec moi ? Elle pourra répondre que oui mais en fait ce sera non. On pourra lire dans ses yeux son absence. Elle sera dans des réflexes automatiques pour vivre.

C’est l’une des conséquences normales que subissent les personnes qui ont des blessures de l’intime. Elles sont cette sensation de ne pas être là. Et, nous, proches, nous avons la sensation que la personne blessée n’est pas avec nous.

C’est toute la vie entière de la personne blessée qui sera impactée par ce mécanisme de survie, qui l’a fait survivre à l’événement et qui lui permet de traverser sa vie aujourd’hui encore.

Dans la vie intime, la personne blessée ne sera bien souvent pas là non plus. Au moment où les corps se rapprocheront pour s’unir, la personne qui a été blessée partira se réfugier dans un espace hors du temps et de l’ici et maintenant. Elle pourra ne pas ressentir de plaisir, elle pourra se mettre en mode automatique. Ou au contraire, elle pourra être pro active tout en n’étant pas présente à l’acte.

Au sein des couples, même s’il existe beaucoup d’amour et de bienveillance, au moment de l’entrée dans la relation intime, indépendamment de tout geste ou circonstance particulière, la personne blessée peut voir son âme sortir de son corps. Alors, elle vivra une relation intime qu’elle a pourtant choisie et souhaitée mais sans pouvoir être présente dans son corps.

Pour retrouver sa pleine puissance de vie, son unité, il faudra venir guérir les blessures de l’intime, celles-là même qui ont provoqué cet état de refuge. Il faudra revenir doucement en son corps, re-sentir de manière sensorielle, reprendre le pouvoir dans tous ses membres et parties, y compris les parties intimes, retrouver ses limites corporelles, les ressentir, reconsidérer son lieu sûr et ainsi reprendre sa place, celle choisie par l’âme lors de son incarnation.

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